
Le monde du cinéma africain et international est en deuil. Souleymane Cissé, réalisateur visionnaire et figure incontournable du septième art sur le continent, s’est éteint. Avec lui disparaît un pionnier, un conteur hors pair, mais son œuvre, elle, restera à jamais gravée dans l’histoire du cinéma mondial.
Un parcours d’exception
Né en 1940 à Bamako, au Mali, Souleymane Cissé a grandi dans un environnement où le cinéma était encore un luxe inaccessible pour beaucoup. Son amour pour l’image naît pourtant très tôt et se concrétise lorsqu’il obtient une bourse pour étudier le cinéma en Union soviétique. Diplômé de l’Institut national de la cinématographie de Moscou, il revient en Afrique avec une mission : raconter son continent autrement.
Dès ses premiers films, il impose un style singulier, où la puissance du récit rencontre une esthétique soignée et une mise en scène profondément enracinée dans les réalités africaines. Son regard critique sur la société, ses traditions et ses mutations fait de lui un cinéaste engagé, souvent audacieux, parfois censuré, mais toujours respecté.
“Yeelen” : Une œuvre immortelle
Si Souleymane Cissé laisse derrière lui une filmographie riche, c’est Yeelen (1987) qui reste son œuvre la plus emblématique. Ce chef-d’œuvre, inspiré des récits initiatiques bambara, est une fresque mystique où se mêlent magie, traditions et transmission du savoir. Récompensé du Prix du Jury au Festival de Cannes, il hisse le cinéma africain au sommet et prouve au monde entier que l’Afrique peut produire un cinéma universel, sans renier ses racines.
Au-delà de Yeelen, d’autres films comme Baara (1978) ou Finye (1982) témoignent de son engagement social et politique. À travers eux, il aborde des thématiques aussi cruciales que l’injustice, la corruption ou le conflit entre modernité et traditions.
Un héritage inestimable
Jusqu’à ses derniers jours, Souleymane Cissé est resté un fervent défenseur du cinéma africain. Il a œuvré pour que de jeunes talents puissent émerger et que le continent ait une industrie cinématographique forte et indépendante. Son influence se mesure aujourd’hui à travers les générations de réalisateurs qui se réclament de son héritage, tant en Afrique qu’ailleurs.
Sa disparition laisse un vide immense, mais son œuvre continue de vivre à travers les images, les récits et l’émotion qu’il a su capturer. Le père du cinéma africain s’est éteint, mais son héritage, lui, est éternel.
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